Les journées magiques d’octobre (et novembre)

Je les attends chaque année, ces journées folles de la deuxième moitié d’octobre, dans les Alpes. Féérie de couleurs pour célébrer notre « été indien » (le terme vient d’Amérique du Nord), ce temps de sursis que nous accorde la marche des saisons. Tout ce qui vit l’a bien compris : c’est juste un sursis.

Une excitation toute particulière m’habite à l’heure de sauter dans le train avec mon vélo et deux sacoches, à destination de Renens, Vevey ou Montreux, selon les années et la météo. Je n’aime pas beaucoup La Côte – multinationales, trafic pendulaire, villas et haies de thuyas – alors je m’éloigne avec le train.

Et lorsque j’en descends, c’est pour prendre la route du Val d’Hérens, que je rejoins généralement en 2 jours (135 km depuis Renens, 95 depuis Montreux), profitant de rendre visite sur le chemin. Le parcours à travers le vignoble du Lavaux de Lutry à St-Saphorin, ainsi le tronçon sur le bord du lac entre le château de Chillon et Villeneuve me réconcilient avec cette étendue aquatique qui d’habitude me laisse plutôt indifférent – la rade de Genève, c’est juste bon pour les cartes postales et les touristes ! Tandis qu’à l’amont du lac, c’est bien la grandeur de la nature qui saute aux yeux, avec les montagnes qui plongent directement dans les eaux.

Lavaux

ChillonDu bout du lac jusqu’au Val d’Hérens, je suis la plupart du temps la Route du Rhône (itinéraire Suisse à vélo N°1), avec ça et là quelques variantes – mais de toute façon dans la vallée du Rhône il n’y a pas mille possibilités ! Mes sections préférées sont la traversée de la Réserve des Grangettes, le bas Chablais jusqu’à St-Maurice, puis le Chemin du Vignoble entre Fully et Saillon (itinéraire Suisse à vélo N°72).

Cette balade depuis le Léman me permet de faire le vide avant la montagne, de laisser derrière les façades glauques, le trafic, le bruit, les déchets omniprésents, la bêtise urbaine – sans oublier le foutu couvercle de stratus saturé de pollution ! Parce qu’une fois en haut, c’est une autre vie qui commence, comme quand je pars voyager à vélo…

Dans le Val d’Hérens, je ne me lasse pas de parcourir mes divers tours. La vallée est vaste, comprend plusieurs embranchements (val d’Hérémence, val d’Arolla, Ferpècle) et on trouve des pistes d’alpage ainsi que des sentiers un peu partout – de quoi faire pas mal de kilomètres ! A cette saison, ce sont les conditions météo et en particulier l’enneigement qui déterminent les destinations possibles. En 2015, il y a un peu plus de neige que les années précédentes, par conséquent je me suis d’abord cantonné à la moyenne altitude, ne dépassant pas 1850 m.

Ce n’est pas un problème, car il y a de belles balades à faire, même sans monter vers les alpages. D’ailleurs, je commence presque toujours par me rendre au lac d’Arbey (1760 m), au-dessus d’Évolène. Comme un pèlerinage, pour célébrer mon retour en altitude. A l’automne, les couleurs y sont évidemment magnifiques et la Blanche (ainsi que son reflet dans l’eau limpide) a déjà blanchi par rapport à l’été. Par contre, mieux vaut arriver pas trop tard, car le soleil file rapidement se cacher derrière la montagne en surplomb et c’est alors nettement moins cool pour pique-niquer…

ArbeyParlons-en, d’ailleurs, de cette montagne, car la semaine passée, elle m’a empêché de me rendre à ma gouille préférée. J’avais déjà franchi deux barrières d’interdiction de circuler depuis Évolène, pensant qu’il s’agissait de travaux forestiers, et je me suis retrouvé devant une troisième barrière à l’intersection entre la route de Chemeuille et celle d’Arbey, au-dessus de Lanna. Comme il y avait quelques personnes à cet endroit, j’ai demandé ce qu’il se passait et l’on m’a expliqué, vidéo à l’appui, qu’un gros éboulement avait eu lieu la veille.

ÉvolèneLe Rocher du Mel de la Niva était sous surveillance depuis plusieurs années et ces derniers jours les instruments de mesure avaient indiqué d’importants mouvements. La chute était inévitable et attendue : le hameau d’Arbey, ainsi que diverses exploitations agricoles de la rive gauche de la Borgne ont donc été évacués, et la route de Lanna fermée à la circulation. L’éboulement s’est finalement déclenché lundi 19 octobre à 9h25 et a pu être intégralement filmé : voir la vidéo sur YouTube, avec commentaire pour public averti 😉 et son impressionnant ! A 1:35, on voit bien la piste qui monte à Arbey, juste sous les deux petit mayens. Plus haut, le sentier vers La Giette traverse carrément ces couloirs à avalanches et chutes de pierres. La traînée sombre laissée sur la neige par cet éboulement est bien visible sur une photo que j’ai prise ce jour-là.

ÉvolèneSuite à ces explications, j’ai évidemment rebroussé chemin, retraversé la Borgne et décidé de monter à La Gouille (il m’en fallait une, ce jour-là !) par l’ancienne route d’Arolla, qui traverse d’autres couloirs à avalanches bien connus. Belle vue sur la « petite » Dent de Veisivi, le ravin sauvage de la Borgne d’Arolla et le Roc Vieux qui surplombe Les Haudères, mais la pente est rude et nécessite de pousser le vélo… N’empêche : j’ai pu pique-niquer tardivement au bord de l’eau et suis rentré bien fatigué.

Dix jours plus tard, je suis monté à Arbey et ai pris ce sentier que j’aime beaucoup jusqu’à La Giette. Le deuxième couloir porte clairement les stigmates de l’éboulement : arbres cassés, gros bloc arrêté au-dessus du sentier et « glissement de terrain » qu’on voit nettement survenir sur la vidéo dès 1:16 (en fait, il semble que la chute de gros blocs ait fait « exploser » le sol, engendrant une vague de sédiment meuble qui a notamment recouvert le sentier). Notons qu’il s’agit là vraisemblablement de l’altitude la plus basse atteinte par les matériaux de l’éboulement – qui s’arrêtent ainsi juste au-dessus de la route, comme on le voit sur la 2e photo ci-dessous.

Évolène

Évolène

ÉvolèneSelon l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF), les éboulements rocheux ont été plus nombreux que la moyenne à la suite de l’été caniculaire de 2015. Plus d’infos sur le site du SLF.

Dans les premiers jours, toujours pour rester en-dessous des altitudes enneigées, j’ai « inventé » une nouvelle boucle, le Tour des Bisses, qui permet d’enchaîner quatre sentiers forestiers sympas, dont deux le long de bisses : celui de St-Martin et le bisse de Tsa-Crêta. Quel plaisir de rouler sur des chemins recouverts par l’or des aiguilles de mélèzes !

EisonEn fin de journée, sur la piste peu fréquentée du Revers de Suen, où j’aime foncer, j’ai eu le plaisir de débusquer (à 35 km/h…) quatre biches, qui n’ont guère apprécié et ont fui aussitôt dans la forêt – désolé, mes bichettes. Je n’ai évidemment pas eu le temps de les photographier, mais voici une image prise en-dessous de Mase un de ces hivers, afin qu’on ne me prenne pas pour un affabulateur.

MaseIl y a une harde de cerfs qui vit dans le ravin de la Manna (torrent) entre Mase et Suen et il est facile de les rencontrer en hiver. En automne, on les entend souvent bramer la nuit et ils s’aventurent jusque devant les chalets.

Grâce aux températures élevées et à un ensoleillement maximal, la neige tombée en altitude a bien fondu, même si les versants orientés au nord gardent un peu de blanc. Pour ma première montée au-dessus de 2000 m, j’ai donc choisi un versant exposé au soleil, au-dessus de Mase : à La Combe (2300 m), le sol était parfaitement sec et les 24 degrés au soleil ont rendu le pique-nique très confortable !

Mase

Mase

Mase

MaseToutefois, sur certaines sections à l’ombre du sentier du « Brésilien », la neige n’avait pas encore fondu et la descente s’est révélée quelque peu glissante… En-dessous de Pralovin, plus de problème et l’on peut s’adonner sans limitation au plaisir d’une longue chorégraphie sur deux roues, entre les arbres et les grosses pierres, jusqu’à Nax. Trop cool, vraiment !

Il existe une autre destination à laquelle je ne renonce (presque) jamais : Mandelon. Cette montagne est très peu habitée, la montée facile et goudronnée jusqu’à l’alpage et la section sur le versant nord-est offre un panorama absolument magnifique sur le Val d’Hérens tout entier, du Mt Noble jusqu’à la Dent Blanche – et même au Cervin, lequel se trouve au bout de la vallée de Zermatt. Le seul moment un peu moins sympa, fin octobre, est la descente de St-Martin à Euseigne : le matin, il peut faire très frais si le ciel est dégagé et ce départ-là oblige donc à trimballer ensuite toute la journée des vêtements qui n’auront servi qu’un quart d’heure… Parce que dès le début de la montée vers Mâche, pour aller prendre l’itinéraire du Grand Raid, on enlève vite les couches d’habits !

J’aime énormément le parcours à partir de Mâche, la montée vers Riod, au soleil, puis la piste forestière presque plate jusqu’à Praz-Perrot, où l’on attaque la montée vers Mandelon. Hélas, ici aussi, les coupes de bois défigurent la montagne et défoncent les sols… On a l’impression que les mecs travaillent à la dynamite, il y a des tas de bois gigantesques un peu partout et le spectacle des souches coupées à environ un mètre de hauteur est affligeant. Ça doit être terrible de détester son métier à ce point ! Mais comme d’hab, on va nous raconter que les entreprises forestières prennent soin du paysage et travaillent « dans les règles de l’art ». Et comme aujourd’hui la seule chose qui compte n’est pas ce que vous faites mais ce que vous dites que vous faites, personne n’y trouve rien à redire.

Ne reste alors qu’à pédaler plus fort dans la longue montée qui suit pour évacuer la rage. Et, Ô bonheur, ça marche très bien !

Dixence

MandelonAu-delà de l’alpage de Mandelon, la piste s’engage sur un versant orienté au nord, puis à l’est. Les passages boueux, enneigés, voire même verglacés s’enchaînent et ajoutent un peu de surprise à un itinéraire que je connais par coeur.

Hérens

Hérens

HérensJe sais où l’on peut passer sur le vélo et où il faut pousser/porter pour ne pas toucher les plateaux ou les pédales. Cette gymnastique plutôt technique me plaît et même si ma vitesse n’est pas plus élevée que celle d’un piéton, j’apprécie de rester le plus souvent possible en selle. Il n’y a pratiquement personne là-haut, donc on peut s’entraîner en toute tranquillité – avec en prime un panorama hallucinant pour les instants de pause. A ce titre, avoir la Dent Blanche et le Cervin en ligne de mire contribue à la grandeur de ce parcours.

CervinPour une expérience plus directe avec la Dent Blanche, rien ne vaut une visite à la zone alluviale de Ferpècle (1960 m), au pied du glacier du Mt Miné, et juste au-dessous de la pyramide rocheuse culminant à 4357 m, qui se découpe sur le bleu du ciel à côté de la cabane de Bricola. Autre balade classique, dans laquelle on fait un peu plus de goudron, mais la route La Forclaz-Ferpècle, qui court sous les impressionnantes Veisivi, est peu fréquentée et magnifique. A cette saison, le débit du torrent est nettement plus faible qu’en été, lors de la fonte des névés et des glaciers, qui reculent fortement. Les « plages » de sable alluvial gris sont par conséquent plus larges et le torrent peut plus facilement être traversé à pied sec – mais je n’ai pas essayé !

Les Haudères

Ferpècle

FerpècleRestait à tenter une première pour une fin octobre – voire une dernière, pour 2015 : le passage du Pas de Lona (2787 m), puis du Basset de Lona (2792 m), afin d’aller faire un tour à Grimentz et dans le Val d’Anniviers. J’ai aimé cette montée matinale vers l’alpage de l’A Vieille, dans la forêt, puis parmi les derniers bosquets d’arolles et de mélèzes. Avant le dernier lacet, j’ai été escorté par la nuée des chocards à bec jaune, curieux et sympathiques, virevoltant sans fin dans les ascendances.

l'A Vieille

l'A Vieille

l'A VieilleLe terrain était sec jusqu’au pied du Pas de Lona, mais cela faisait déjà un petit moment que je poussais ma monture sur le sentier creusé et/ou encombré de grosses pierres. J’avais eu la neige à Mandelon et Vendes quelques jours plus tôt, mais j’étais alors sur le vélo, tandis qu’à Lona, il me fallait patauger avec mes chaussures d’été non imperméables. Je ne voulais pas trop me mouiller les pieds, alors qu’il restait 50 km à parcourir et choisissais donc la trace la moins enneigée possible.

Lona

LonaAu bout d’un moment, je me suis retrouvé complètement hors du sentier (peu visible sous la neige), au milieu du « pierrier » dans la partie la plus raide. Lorsque j’ai voulu « couper la pente » pour rejoindre le chemin, j’ai glissé une ou deux fois sur la neige, manquant de laisser filer mon vélo vers le bas… et me suis résolu à monter tout droit vers le col à travers la caillasse et les graviers. Instants physiques, assurément !

LonaTout en crapahutant, je me demandais sérieusement si la suite de la balade allait être praticable ou s’il me faudrait redescendre sur mes pas – ce que je ne souhaitais vraiment pas, surtout avec un terrain aussi glissant. Entre le Pas de Lona et le Basset de Lona, on traverse une sorte de plateau et la neige persiste bien plus longtemps sur les zones faiblement inclinées que sur les pentes. Une fois arrivé au sommet, j’ai compris que le passage était possible, mais qu’il nécessiterait de pousser encore le vélo, en particulier sur la piste montant au Basset, très enneigée.

Lona

LonaLancé sur le sentier en descente vers le lac de Lona, j’ai toutefois vite compris que le plus pénible, ce ne serait pas la neige, mais bien la boue lourde et extrêmement collante omniprésente là où la neige avait fondu. Après juste quelques centaines de mètres, parcourus en dérapage permanent, mes roues, ma fourche et mes freins se sont retrouvés complètement couverts de boue – c’était moche, et mauvais pour le vélo, en particulier pour mes freins à disque.

LonaJ’étais par conséquent heureux de retrouver la neige à l’approche de la montée du Basset, préférant affronter le risque de pieds humides que celui d’une monture abîmée. J’ai enlevé grossièrement à la main les paquets argileux qui collaient au vélo et me suis engagé dans la montée. Une trace de pneu dans la neige m’a confirmé que je n’étais pas le seul cinglé à passer à vélo si tard dans la saison. Par endroits, j’ai pu rouler sur l’extrême bordure de la piste, où la neige avait plus fondu, mais la plupart du temps je devais pousser.

Lona

LonaRésultat : plus d’une heure pour une distance qui nécessite habituellement une trentaine de minutes, voire moins. Je restais néanmoins dans une fourchette acceptable qui devait me permettre de rentrer avant la nuit – il fait désormais noir à 18h, merci l’heure d’hiver ! J’ai donc profité du modeste tronc de bois installé au Basset en guise de banc pour pique-niquer et faire sécher une partie de mon équipement au soleil, avant la longue descente vers Grimentz.

Fort heureusement, la piste descendant vers Moiry n’était enneigée que par endroits et nettement moins boueuse que le sentier du plateau – j’ai donc pu progresser un peu plus vite, mais pas trop, car je devais ménager mes freins dans lesquels il restait des grains et micro-graviers susceptibles d’endommager rapidement mes disques. Bien que je ne puisse pas la définir (pour cause de daltonisme), la couleur du lac de Moiry est absolument envoûtante.

Moiry

Moiry

Moiry

MoiryArrivé au pied du barrage, zone jamais atteinte par le soleil à cette saison (le sol est par conséquent totalement gelé), j’ai décidé de continuer par la route jusqu’à Grimentz, plutôt que par le sentier du Grand Raid, pour gagner du temps et éviter des passages à gué où je risquais de mouiller davantage mes chaussures. Cette route court par endroits à flanc d’une falaise assez impressionnante, sans glissière de sécurité, donc mieux vaut conduire prudemment et garder suffisamment de dextérité dans les doigts pour freiner, malgré le froid qui règne ici à l’ombre.

A Grimentz, après un Coca au soleil pour me réchauffer et un nettoyage grossier de mes freins (une fois refroidis), j’ai pris la chouette piste forestière qui conduit jusqu’à Vercorin, à l’écart du trafic).

Anniviers

AnniviersLa petite marge de temps dont je disposais a été utilisée pour régler à deux reprises mon frein arrière qui frottait, dans la descente entre Vercorin et Itravers, et je suis arrivé à Mase à la tombée de la nuit : 17h45. Un peu fatigué quand même par ces 70 km et 2200 m de dénivelé…

Au cours de ces journées courtes mais actives, on trouve toujours un moment pour faire une sieste au soleil, couché dans l’herbe tiède ou appuyé contre le bois noir et odorant d’un vieux mazot, dans le silence ou bercé par le chant du torrent. C’est à ces moments qu’on remarque une sauterelle un peu engourdie, un papillon isolé, une fourmi, une coccinelle, voire une mouche, derniers survivants de la saison bruissante achevée il y a pas mal de temps si l’on en juge par l’heure à laquelle le soleil se couche désormais. Comme toutes ces bestioles nous apparaissent sympathiques – et fragiles – à l’approche de l’hiver !

papillonLe lendemain d’un de ces après-midi ensoleillés durant lesquels on pédale en short et t-shirt bien au-dessus de 2000 mètres, il neigera, et le monde sera transformé.

Dans l’attente, je me réjouis avec tout ce qui vit de la persistance de cet été indien exceptionnel – nous sommes maintenant le 6 novembre et les prévisions de MétéoSuisse n’annoncent pour l’heure aucun changement jusqu’au 19 novembre !!! La montagne est désertée par les touristes et j’en profite pour converser (dans leur langue) avec mes potes à poils et à plumes : outre les cerfs et les chocards évoqués plus haut, il y a les chamois et les chevreuils (faut parler vite), moutons et brebis, chèvres, vaches noires d’Hérens (entre deux combats), vaches… « normales », ânes, chevaux, yacks (oui, à la Giette !), corbeaux, pies, geais et autres mésanges agitées.

brebis

chèvre

chèvre

vache d'Hérens

yackIl faut bien ça pour aider à oublier les résultats préoccupants des élections fédérales !

démocratiePlus d’infos sur l’été indien, sur le site de Météosuisse.

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